title E195 L'égalité en France, une illusion ?

description La France se présente souvent comme un pays d'égalité. La Révolution de 1789 a aboli les privilèges, la devise nationale est "Liberté, égalité, fraternité", et l'école publique est gratuite pour tous. Sur le papier, tout le monde a sa chance.

Dans cet épisode, Ingrid s'intéresse à ce que cachent ces beaux principes. En partant du livre de la philosophe Alice de Rochechouart, Privilèges. Ce qu'il nous reste à abolir, elle explore comment la bourgeoisie est sortie gagnante de la Révolution — et comment, depuis, une nouvelle classe dominante a su se maintenir au sommet.

Au programme : un retour sur l'Ancien Régime et la nuit du 4 août 1789, puis un regard sur ce que les chiffres nous disent aujourd'hui de la méritocratie à la française, et enfin une réflexion sur les mécanismes — politiques et médiatiques — qui permettent à ce système de se perpétuer.

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pubDate Wed, 22 Apr 2026 13:35:47 GMT

author innerFrench

duration 1788000

transcript

Speaker 1:
[00:04] L'égalité en France, une illusion ? Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans ce nouvel épisode. Aujourd'hui, on va parler d'égalité, ou plus précisément, on va parler de privilège. Mais j'ai préféré dans le titre vous parler d'égalité, parce que je sais que c'est un mot qui vous parle peut-être plus. C'est un mot de vocabulaire vraiment basique, et surtout, c'est un mot qu'on associe beaucoup à La France. Je pense que vous savez tous que la devise de La France, c'est liberté, égalité, fraternité, et aussi que pendant longtemps, La France a été réputée comme le pays des droits de l'homme. Je sais aussi que souvent dans la culture internationale, La France jouit d'une réputation d'un pays où il y a beaucoup de droits sociaux, où les différences entre les riches et les pauvres ne sont pas très élevés, ou en tout cas, c'est une réputation qu'on avait encore il y a quelques années. Bon, puisque vous écoutez ce podcast, vous savez qu'avec Hugo, on est assez critique de cette vision, et on a tendance à défendre plutôt une vision de gauche qui a tendance à se plaindre du fait que ces choses là ne sont plus tellement vraies, ou plutôt qu'elles pourraient être plus vraies. Et aujourd'hui, si j'ai choisi ce thème, donc de l'égalité, des privilèges, c'est parce que ces derniers mois, j'ai beaucoup entendu la philosophe Alice de Rochechouart faire la promotion de son dernier livre, qui justement prête des privilèges. Alors Alice de Rochechouart, c'est une personne qui intervient dans plusieurs émissions que j'aime bien. Bon déjà, elle a son propre podcast qui s'appelle Le fil d'actu, fil écrit P-H-I-L, dans lequel elle traite de sujets d'actualité. Donc à partir de sujets d'actualité, elle parle de sujets philosophiques et elle intervient aussi dans l'émission la dernière dont je vous avais parlé une fois quand on a fait un épisode avec des recommandations de choses à voir, à lire, à écouter. Et Alice de Rochechouart, elle vient d'une famille plutôt privilégiée, d'une famille descendante de la noblesse. On va parler plus de ça dans l'épisode. Et elle s'est rendue compte quand elle a commencé ses études qu'elle avait des avantages par rapport à d'autres personnes dans la société grâce à sa naissance. Et donc c'est à partir de là qu'elle a commencé à développer une pensée philosophique, donc de gauche, qui remet en question l'ordre établi et qui critique tout ce qui peut atteindre à l'égalité. Et elle a écrit un livre qui s'appelle Privilège, ce qu'il nous reste à abolir et qui est donc sorti là en 2025. Et c'est pour ça que j'ai creusé ce sujet. Alors plus exactement, aujourd'hui on va parler de l'abolition des privilèges au moment de la révolution, de ce que c'est exactement qu'un privilège et de ce qu'il en est maintenant. Aujourd'hui, dans la société française, est-ce qu'il y a certaines classes qui, comme à l'époque de la royauté, sont plus privilégiées, plus avantagées que les autres ? Donc, après cette longue introduction qui je pense était nécessaire, on va commencer tout de suite. On va d'abord faire une petite plongée historique et puis après on viendra à l'actualité. Bonne écoute ! Pour commencer, on va remonter dans l'histoire, et on va aller jusqu'à l'Ancien Régime. L'Ancien Régime, c'est le nom qu'on donne à l'organisation politique et sociale de la France, de la fin du 16e siècle jusqu'à la Révolution de 1789. La Révolution de 1789, c'est quelque chose que vous connaissez sûrement tous très bien. Je sais que quand on étudie le français, ou même en général l'histoire mondiale, c'est quelque chose qu'on étudie souvent. Et en général, on étudie prise de la Bastille le 14 juillet, qui est la fête nationale du pays, comme grande date. Mais aujourd'hui, on va voir qu'il y a une autre date qui est aussi importante, voire peut-être plus importante. C'est l'abolition des privilèges le 4 août 1789. Mais alors d'abord, qu'est-ce que c'est les privilèges ? Bon, aujourd'hui, vous connaissez sûrement ce mot qui désigne un avantage injuste, quelque chose qu'un certain groupe de personnes a et que les autres qui vivent à côté n'ont pas et qui créent une inégalité. Mais à l'époque de l'Ancien Régime, le privilège, c'était un droit particulier attribué à un groupe qu'il soit avantageux ou qu'il ne soit pas forcément avantageux. C'était quelque chose qui était légal. Alors qu'aujourd'hui, quand on parle de privilège, on parle de quelque chose de social, à l'époque, c'était vraiment quelque chose qui avait l'air d'être dans l'ordre naturel des choses pour organiser la société. Et en fait, la France était divisée en trois ordres, trois classes. On appelait ça les ordres, mais en fait, on peut le traduire aujourd'hui par plutôt le mot classe. Et ces ordres, c'était de naissance. Si nos parents étaient d'un certain ordre, dès qu'on naissait, on était destinés à faire partie du même ordre et les possibilités de racheter des titres pour pouvoir changer d'ordre et aller au-dessus existaient mais étaient très très très limités et on peut pas dire que l'ascension sociale était possible. Donc qu'est-ce que c'était ces trois ordres ? Alors on avait le clergé qui était les religieux, donc que ce soit les évêques, les abbés ou les moines, les bonnes sœurs aussi, bref. Tous ceux qui étaient dans la religion catholique et qui avaient pour seul objectif et seul rôle dans la société que de prier pour les autres et de conseiller les autres dans la religion catholique. Ensuite, on avait la noblesse. La noblesse, donc c'est toute l'aristocratie, c'est tous ceux qui ont des titres. Vous avez sûrement déjà entendu qu'il y avait des ducs, des comptes, des duchesses, des comtes, des vicontes, bref, il y avait plein de titres différents qui pouvaient être hérités. La noblesse, elle avait le devoir de protéger en fait les citoyens. C'était elle qui gérait tout ce qui était militaire, protection des terres, et donc ils étaient les propriétaires des terres. Et puis, le dernier ordre, c'était le tiers-d'état. Donc le tiers-d'état, tout simplement, le troisième ordre. Tiers, c'est la même racine que le chiffre 3. Et le tiers-d'état, c'était la grande majorité de la population. Plus de 95 % de la population, c'était le tiers-d'état. Aujourd'hui, on pourrait dire de façon très large le peuple. Et le tiers-d'état, son privilège, c'était tout simplement d'avoir le droit de travailler et de payer des impôts. C'est pas, vous voyez, un privilège très très avantageux. Bon, d'ailleurs suivant les sources que je trouve, certaines parlent de privilège et d'autres disent que ce n'est pas un privilège, mais je pense que c'est à cause de la façon dont on emploie le mot aujourd'hui comme quelque chose de forcément positif. Donc pour résumer, avant 1789, il y avait trois ordres qui avaient chacun une fonction. On avait le clergé qui gérait les hôpitaux, les écoles et qui devait faire respecter la religion catholique, qui s'occupait en fait de la morale. La noblesse qui était propriétaire des terres et qui assurait en gros la défense et la justice. En échange, ils récoltaient l'impôt. Et puis, le tiers état, la grande majorité de la population qui travaillait, ça pouvait être des agriculteurs, des commerçants, des personnes qui travaillaient dans l'industrie, même des banquiers, bref, des tas de professions et qui payaient les impôts. Et alors, pourquoi on parle de jusqu'en 1789 ? Eh bah, parce que donc après la prise de la Bastille, que vous connaissez bien, le moment de grande révolte populaire parce que la France est en crise et qu'il n'y a plus assez à manger, l'assemblée se constitue. On a un groupe de personnes qui s'intéressent à la politique et qui se rendent compte qu'on est dans une vraie période de crise et qu'il faut faire quelque chose. Ils se disent alors qu'il faut écrire une nouvelle constitution, qu'il faut déclarer des nouvelles règles pour la vie politique française. Et alors qu'il y a une des tas de révoltes dans le pays qui font peur à tout le monde, la nuit du 4 août 1789, ces personnes-là se réunissent et elles essayent de réfléchir à comment calmer la colère du peuple. C'est là que l'idée d'abolir les privilèges arrive. C'est une idée qui est portée par plusieurs personnes, des hommes, parce que je fais une petite parenthèse, mais je vais éviter d'être trop féministe dans cet épisode parce que en fait, on parle des hommes et seulement des hommes quand on parle de tous ces événements. Sur l'égalité entre les hommes et les femmes et la participation des femmes à la vie politique, il faut aller beaucoup beaucoup plus loin. La France a été plutôt en retard sur ce sujet, même s'il y a eu des révolutionnaires femmes évidemment qui ont joué un rôle important. Mais bref, je ferme la parenthèse. Et donc ces hommes-là se réunissent et ils discutent du fait d'abolir les privilèges comme possibilité pour calmer la colère du peuple et pour que notamment les paysans arrêtent de détruire les châteaux et de s'attaquer aux nobles qui sont propriétaires de leur terre. Et en fait, ça va très très vite. C'est quelque chose qui est discuté pendant la soirée et à deux heures du matin, il me semble, ça y est, c'est décidé. Ils écrivent dans la constitution que le clergé et la noblesse renoncent à leurs privilèges et à partir de ce moment-là, en fait, ce qui change vraiment, c'est que il y a l'idée de méritocratie qui se met en place. En fait, dans la population, dans le tiers état, il y avait évidemment plusieurs groupes. Les personnes étaient réunies suivant leur profession, suivant le lieu où ils habitaient. Il y en a qui étaient très très pauvres. Bien sûr, il y avait les paysans, les agriculteurs, comme on peut imaginer cette France du Moyen Âge, des gens sales et pauvres et qui avaient du mal à vivre. Mais dans le tiers état, il y avait aussi des riches commerçants, des personnes qui commençaient à avoir des grosses entreprises, l'industrie commença déjà à se développer. Et du coup, ça, cette classe qu'on appelait plutôt les bourgeois, qui était une petite partie du Tiers état, elle commence à se dire que quand même, c'est vraiment très injuste que ceux qui travaillent beaucoup et qui font du profit ne puissent jamais devenir propriétaires, ne puissent jamais collecter l'impôt et finalement ne puissent jamais avoir le statut social le plus haut de la société. Donc, l'abolition des privilèges, a priori, à partir de 1789, ça permet de faire de la France un régime égalitaire, un régime où tout le monde peut réussir, grâce aux mérites de son travail, à atteindre le sommet de la pyramide sociale. Mais, on va voir maintenant dans une deuxième partie si c'est vraiment le cas aujourd'hui. Quand j'ai entendu Alice de Rochechouart parler de l'abolition des privilèges en 1789, moi, ce qui m'a vraiment marquée, c'est cette présence de la classe bourgeoise. En fait, moi, dans mon imaginaire de petite fille, de française qui a appris l'histoire de France à l'école et dans les musées, dans les livres, j'avais vraiment cette impression que la révolution française, c'était un moment où le peuple s'était soulevé et où la population la plus pauvre avait obtenu gain de cause. Obtenir gain de cause, ça veut dire être victorieux, gagner une bataille et que ce qu'on demande soit accordé. Mais en fait, donc en écoutant cette philosophe, et puis ensuite en me renseignant bien sur les événements de La Révolution, j'ai compris que bien sûr, même si le peuple entier et donc le tiers état entier s'était soulevé et s'était révolté dans la rue, ce qui était dans les clubs politiques, c'était ceux qui étaient le plus éduqués. C'était donc ceux qui avaient de fait déjà de l'argent et que la Révolution dans les textes de lois, elle a été faite plutôt pour ces personnes. Et c'est quelque chose qu'on peut retrouver encore aujourd'hui. Même si la Révolution française est passée depuis longtemps et que bien sûr il y a eu beaucoup d'autres régimes politiques depuis, on peut retrouver dans la nuit de l'abolition des privilèges l'origine de la situation sociale qui existe aujourd'hui. En effet, aujourd'hui, on a encore cette idée de méritocratie en France. Cette idée d'égalité des chances. C'est à dire que peu importe dans quelle famille on est, on a la possibilité de faire partie de l'élite de la nation. L'élite, c'est les personnes qui dominent, que ce soit économiquement, culturellement, politiquement. Et c'est vrai qu'on a une école publique qui est gratuite, accessible à toutes et tous. Et on a aussi des grandes écoles, c'est-à-dire des formations supérieures qui permettent d'atteindre les meilleurs postes, qui sont aussi accessibles à toutes et à tous. Mais pourtant, quand on regarde les chiffres des grandes écoles, c'est-à-dire les écoles dans les formations supérieures qui permettent de faire partie donc des administrations de l'État ou des conseils d'administration des grandes entreprises, tout ce qui est vraiment reconnu et qui permet tout simplement d'avoir beaucoup d'argent en fait, on se rend compte que dans ces écoles, il y a vraiment une reproduction sociale. En 2022, il y a un chercheur, un économiste qui avait un petit peu recoupé les chiffres et qui s'était rendu compte que pour certaines écoles, on avait par exemple 330 fois plus de chances d'entrer dans cette école si notre père avait déjà été formé là-bas avant. Les chiffres étaient hallucinants, je ne vais pas les voulait ressortir parce qu'en fait ils sont plus impressionnants quand on les voit en images. Mais c'était vraiment des chiffres qui montraient que quand on vient d'une famille ouvrière ou quand on vient d'une famille avec des parents qui n'ont pas fait des grandes études en France, c'est quand même très difficile de pouvoir aller dans des formations qui permettent de faire partie ensuite de l'élite de la nation. Je fais une petite pause quand je dis élite parce que je mets des guillemets parce que le mot élite c'est aussi quelque chose qui permet de faire une différence entre le peuple, ceux qui n'ont pas fait des grandes études, et les autres, et donc de justifier que les autres aient beaucoup d'argent et puissent prendre beaucoup de décisions. Donc déjà là on a un problème. C'est quelque chose qui est hérité directement de l'abolition des privilèges puisque en abolissant les privilèges de droit, on a créé petit à petit plein de manières de continuer à se reproduire socialement qui ne sont pas dans le droit et qui donc ne peuvent plus être contestées mais qui en fait existent parce qu'il y a le réseau, il y a tout simplement la culture, il y a des concours qui sont très difficiles pour entrer dans les grandes écoles et qui ne sont pas difficiles parce qu'on n'est pas forcément assez intelligent mais parce qu'on n'a pas toute la culture transmise par la famille qui permet de savoir comment il faut se comporter pour ces concours, quels sont les savoirs qui sont importants dans la société, etc. Donc déjà le mythe de la méritocratie s'effondre, n'est plus valable dès qu'on regarde les chiffres des grandes écoles au-delà de la publicité. Et une autre donnée que je vais passer assez rapidement parce qu'on vous en a déjà parlé avec Hugo dans notre épisode, je pense que c'était l'épisode 183, sur la France taxe-t-elle trop les riches ? Eh bien il y a tout simplement le fait que en France aujourd'hui, il est beaucoup plus facile de devenir riche en étant héritier qu'en travaillant. Et donc ça, c'est parce que la bourgeoisie à l'époque de la Révolution française a voulu faire croire qu'elle voulait que tout le monde puisse réussir par le travail, mais le vrai objectif c'était juste de pouvoir prendre la place des nobles pour créer une nouvelle classe sociale dominante qui allait pouvoir transmettre sa fortune et son pouvoir à ses enfants pour qu'ensuite il y ait une nouvelle accumulation. Bon ça, on en a beaucoup parlé même dans plusieurs épisodes, mais pour résumer cette idée, on peut citer tout simplement l'expression de l'économiste Thomas Piketty, qui dit que nous sommes une société d'héritiers. Alors je sais que c'est très loin d'être exceptionnel dans le monde, mais je trouve que c'est important de souligner ça parce qu'on a encore tendance, comme je le disais en introduction, à penser que la France avec la Révolution française a complètement enlevé cette notion d'héritage et de grande famille qui possède tout, mais en fait la bourgeoisie a réussi à créer une nouvelle classe qui aujourd'hui a réussi à accumuler de nouveaux suffisamment pour être très très puissante. Mais alors comment ça se fait qu'un pays puisse être à la fois si attaché à la notion d'égalité et l'enseigner à tous ses enfants à l'école, mais quand même maintenir un système comme ça ? C'est ce qu'on va voir dans la troisième partie. Les descendants de la noblesse et de la bourgeoisie se sont donc unifiés pour former aujourd'hui une nouvelle classe. Et cette nouvelle classe réussit à maintenir un système dans lequel on croit qu'on est dans une société égalitaire où tout le monde a ses chances, alors qu'en fait, il est quasi impossible pour un enfant d'un milieu populaire de devenir l'élite de la nation. Et pour réussir à maintenir ce mythe, et bien, il y a plusieurs choses qui se mettent en place. En fait, les élites économiques ne se contentent pas d'être à la tête d'entreprises qui font du profit et qui gagnent beaucoup d'argent. Sinon, le mythe s'effondrerait, les hommes et femmes politiques s'attaqueraient à eux et feraient en sorte qu'il y ait de la redistribution. Les journalistes les dénonceraient. Et donc, pour éviter ça, il y a deux choses qui se passent. La première chose, c'est le fait que parmi les décideurs politiques, donc les députés, les ministres, les sénateurs, etc. etc. on a énormément de personnes qui elles-mêmes font partie de ces grandes familles, de cette classe issue de la bourgeoisie révolutionnaire, de cette nouvelle élite. Et donc, ces personnes ont fréquenté les mêmes écoles que les grands dirigeants d'entreprises et les connaissent très bien, font des dîners avec eux, parfois sont mariés avec ces personnes, parfois ont même des actions dans leurs entreprises, et donc font les lois de manière à favoriser l'accumulation de la richesse de ces personnes. Ça on le sait en regardant par exemple leur fiche patrimoniale, tous les élus, que ce soit à n'importe quel poste en France, doivent déclarer leur patrimoine, donc ce qu'ils possèdent, avec quelles entreprises ils sont liés, s'ils ont des conflits d'intérêts, s'ils possèdent des biens immobiliers, etc. etc. Et par exemple dans le gouvernement, on a à peu près la moitié des ministres qui sont millionnaires. Bon, le gouvernement change souvent, mais je sais qu'à un moment, il y avait le compte qui avait été fait à partir de ces déclarations et on avait plus de la moitié des personnes qui faisaient partie du gouvernement, qui possédaient plusieurs millions d'euros. Et ça, c'est pas du tout le français moyen. Et puis, on peut aussi se rendre compte de ça quand on regarde tout simplement leurs fiches Wikipédia. Moi, je sais qu'avec un couple d'amis, quand je vais chez eux, ça nous arrive de discuter de certains ministres et de s'amuser à aller regarder leurs fiches Wikipédia. Et on dit, ah bah regardez, elle, elle est mariée avec lui. Lui qui est le patron de telle entreprise, telle entreprise qui bénéficie de telle réduction d'impôts. Voilà des choses comme ça. Donc on se rend compte aussi que ce dont on vous parlait dans l'épisode 183 avec Hugo, c'est pas le fruit d'un hasard, c'est aussi le fruit d'une classe qui se protège et qui donc sont assez malins pour ne pas se contenter d'être dans les grandes entreprises, mais aussi pour avoir certaines personnes de leur milieu qui prennent les décisions. Et puis enfin, pour les dernières minutes, on va parler bien évidemment des médias. Le bout de la chaîne, pour que ça puisse tenir tout ça, il faut qu'il y ait un minimum d'adhésion de la part du reste de la population, parce qu'on reste quand même un pays démocratique où il y a des élections, et où donc si on se rendait compte vraiment de ce qui se passe, et bien peut-être que on pourrait faire effondrer le système par l'élection, mais c'est difficile de se rendre compte de ce qu'il se passe quand de nombreux médias sont possédés par ces mêmes familles. Et on sait que les télés, les journaux en général, c'est quelque chose qui ne rapporte pas d'argent, et pourtant il y a énormément de millionnaires, voire de milliardaires, qui rachètent des médias pour pouvoir peser sur la vie politique et donc avoir directement une influence. On vous a parlé notamment dans l'épisode 111 de Vincent Bolloré, et dans l'épisode 126 de Bernard Arnaud, mais après il y en a beaucoup d'autres, et d'ailleurs depuis qu'on a fait ces épisodes, il y a des choses qui ont changé, parce que ça change tout le temps, ils essayent toujours d'influencer de plus en plus, et donc à travers leurs médias, ils permettent de promouvoir une certaine idée, de l'économie, une certaine idée du fonctionnement de la société, et ils ont tendance à vouloir pousser un certain agenda politique. Bon, il est peut-être temps de m'arrêter, on a survolé le sujet, comme d'habitude avec mes épisodes persos qui me passionnent, j'ai complètement lâché mes notes et je suis partie en freestyle, il faut dire que si j'avais suivi tous les points que je voulais vous dire, j'aurais peut-être fait un épisode d'une heure, voire de deux heures, donc je vous ai fait un résumé. Je sais que c'est un épisode qui est assez politique, et je vous l'ai dit depuis le début, cette réflexion par une remise en cause plutôt de gauche de notre société, et nous, on ne se cache pas avec Hugo d'avoir des idées, des valeurs, et c'est vrai que l'égalité, c'est quelque chose qui me tient beaucoup à cœur, donc quand j'ai entendu parler de cette histoire de privilège et de fausse égalité, et ben ça m'a tenue à cœur de vous partager ça. Hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, hésitez vraiment pas à commenter si vous n'êtes pas du tout d'accord, si vous trouvez que c'était trop politique et orienté, franchement ça m'intéresse. Et aussi, n'hésitez pas à me raconter comment ça se passe dans vos pays, je trouve toujours ça super intéressant. Merci de m'avoir écouté jusqu'ici, je vous dis à très bientôt avec Hugo.